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Full text of "Notice sur Jean-Baptiste Madou : artiste peintre"

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Extrait de VAnnuaire de TAcadémie royale de Belgique, 
quarante-cinquième année, 1879. 



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https://archive.org/details/noticesurjeanbapOOstap 



NOTICE 

SUR 

JEAN-BAPTISTE MADOU, 

ARTISTE PEINTRE, 



FÉLIX STAPPAERTS, 




BRUXELLES, 

F. HAYEZ, IMPRIMEUR DE l'aCADÉMIE ROYALE. 
4879 



NOTICE 

SUR 

JEÂN-BAPTISTE MADOU, 

ARTISTE PEINTRE. 
né à Bruxelles le 24 janvier 17!)6, mort dans la même ville le 3 avril 1877. 



I. 

« Toutes les qualités éparses dans les innombrables pro- 
» duits du crayon de Madou se trouvent concentrées dans sa 
» peinture. La correction du dessin, le naturel, la justesse de 
» l'expression et du geste, la vérité du costume, l'observation 
» des types, ont fait de cet artiste un maître à part dans la 
» famille des peintres de genre de l'école flamande. Homme 
» instruit, esprit délicat, il savait faire un choix judicieux 
» entre les traits que lui olTraient ses modèles. Il savait être 
» vrai et naïf sans être grossier et brutal. Pour faire de ce 
» génie un portrait ressemblant il faudrait en chercher plu- 
» sieurs traits dans ceux de Molière et de Lafontaine (1) » 

Ainsi s'exprimait, aux funérailles de Madou, l'éloquent 
interprète des regrets de l'Académie, et ses paroles caracté- 
risent si heureusement le mérite éminent de l'artiste, qu'il 
nous suffira d'en développer le sens pour accomplir la tâche 
que la Compagnie a bien voulu nous confier. 



(6) 



II. 



Madou naquit le 24 janvier 1796 dans un des quartiers du 
vieux Bruxelles, au n" 25 de la rue de la Braie. Aucune cir- 
constance extraordinaire ne présida à sa naissance, ni ne lit 
présager sa vocation. Exempts de soucis ambitieux, ses pa- 
rents ne cherchèrent pas à la deviner. Bien que les corpora- 
tions fussent abolies, il était encore de règle, alors, que Ton 
entrât dans Tornière tracée par l'exemple paternel ; pour le 
surplus, les mœurs, plus simples et plus rudes que de nos 
jours, laissaient à l'adolescence sa complète expansion. Une 
instruction élémentaire paraissait suffisante, et les gamins, 
en s'échappanl de l'école, s'en allaient vagabonder joyeuse- 
ment sur les places publiques. Ils y a|)prenaient la gymnas- 
tique, non pas en vertu d'un programme ofïiciel , mais par 
l'échange fréquent et spontané de nombreuses bourrades. En 
attendant qu'on lui imposât un métier ou une profession , 
notre futur peintre put s'abandonner à ce libre essor, si pro- 
pice au développement de l'énergie et des forces physiques. 
Peut-être est-ce à cette absence d'entraves, de lisières, d'étu- 
des prématurées, qu'il dut sa robuste constitution, et, comme 
on l'a dit, toutes les ressources d'une nature admirablement 
équilibrée. Quoi qu'il en soit, l'adolescent, tout à la fois animé 
et sérieux, d'apparence tranquille et très-gai en dessous, 
se montrait avide d'impressions et d'idées nouvelles. Il cou- 
rait aux réjouissances publiques, aux concerts en plein vent, 
aux revues militaires; il s'enthousiasmait surtout aux drames 
et aux comédies. C'était chose difficile pour lui que d'y assis- 
ter; mais rien n'égalait son bonheur quand il y parvenait par 
Toblenlion d'une contre- marque, ou par celle d'un billet de 



(7) 



faveur. Au propre comme au figuré, il se trouvait alors au 
paradis. 

Bientôt de nouveaux devoirs vinrent s'interposer entre la 
jouissance de ces plaisirs. Madou était l'aîné de six enfants, 
deux filles, quatre garçons; il fallut le mettre en apprentis- 
sage et on le plaça, l'aune en main, devant des ballots d'étoffes 
bariolées. Comment échappa-t-il à la dure nécessité de les rou- 
ler et de les dérouler devant les regards ébahis des chalands? 
Quels furent les expédients ou les démarches employés par 
lui pour se dérober à cette servitude ? On l'ignore. On sait 
seulement qu'il exprima ses répugnances. Sa libération du 
commerce d'aunages fut, sans doute, obtenue grâce à cette 
volonté calme, patiente et réfléchie, qui constituait l'un des 
traits distinclifs de son caractère. A cette époque il s'était 
déjà livré à des travaux attrayants en suivant les cours de 
l'Académie de Bruxelles et il avait su y mériter, par son 
assiduité, son zèle, les sympathies de l'un des professeurs, 
Célestin François, peintre d'histoire, qui jouissait de la vogue 
en décorant de ses tableaux allégoriques les habitations sei- 
gneuriales. On serait tenté de croire que le maître devinait 
l'aptitude de son élève et que celui-ci pressentait sa destinée. 
Il n'en fut rien. Cette hypothèse devient même inadmissible, 
quand on sait la modeste méfiance qui animait encore Madou 
même alors qu'il était parvenu à la maturité de l'âge. Son 
bon sens le maintenait toujours en présence des réalités ; 
jamais il ne connut l'exaltation des succès imaginaires; et s'il 
s'absorbait dans le travail, c'est qu'il y trouvait cette volupté 
particulière réservée à certaines intelligences. 

Madou était encore dans la fleur de la jeunesse quand il 
obtint un emploi : celui de dessinateur au Département de la 
Guerre. Il devait collaborer à l'exécution de la carte topogra- 



(8 ) 

graphique du royaume, vaste entreprise, décrétée par le Gou- 
vernement des Pays-Bas , et dont les éludes préparatoires 
s'effectuaient en ce moment à Courtrai. Le nouvel employé 
dut se rendre dans cette ville et il y contracta avec M.Oulies 
(plus tard colonel d'état-major) des relations d'amitié que la 
mort seule put interrompre. Ils consacraient, tous deux, leurs 
heures de loisir à crayonner de petits dessins destinés à leurs 
amis, et quelques-uns de ces croquis ayant été vus par un 
industriel français, M. Jobard, celui-ci proposa à Madou d'exé- 
cuter divers travaux lithographiques pour rétablissement 
qu'il venait de fonder. Madou hésita un instant, puis accepta 
et vit s'ouvrir, devant lui, la porte qui donnait accès dans le 
riant domaine des beaux-arts (2). 

Le premier ouvrage lithographié avait pour sujet les vues 
pittoresques de la Belgique ^'^O'È planches, médiocrement 
dessinées d'après nature par un homme de lettres, ancien 
instituteur, J.-J. De Cloet. Un deuxième ouvrage, aussi très- 
étendu, retraçait la vie de Napoléon, 144 planches avec texte 
explicatif. Ces publications, faites pendant les années 1825 à 
1827, s'achevaient en même temps que deux collections de 
costumes : ceux des Belges anciens et modernes et ceux de 
toutes les provinces des Pays-Bas; ces dernières en colla- 
boration avec le peintre Eechkout. Dans ces premiers travaux 
le crayon du dessinateur se montre encore timide; mais il 
est correct et l'on y voit poindre un sentiment individuel. 
Tout incomplet que son talent fut alors, des éditeurs se le 
disputaient déjà ; il ne lui manquait plus pour aboutir à un 
succès de bon aloi que de s'abandonner à ses impressions et 
de substituer des dessins originaux à des reproductions très- 
médiocres. Le débutant le comprit et sa réputation commença 
à éclore dès qu'il eut, à Paris, un éditeur habile. Il le trouva 



( 9 ) 

bientôt : M. Motte lui demanda, de 1831 à 1853, cinq albums 
intitulés : Scènes populaires et Scènes de société. 

Le s^oùl du jour tendait à multiplier ce genre de recueils. 
Partout on surchargeait les tables des salons de Keep-Sake, 
de romances, de caricatures; et les peintres eussent vaine- 
ment essayé de se dérober aux sollicitations et aux minaude- 
ries des belles dames qui mendiaient, chaque soir, un dessin. 
Aussi les Scènes de Madou obtiennent-elles la vogue; on s'en 
empare, on s'en amuse, on se les arrache! Elles viennent de 
Paris et leur lieu de provenance ne nuit pas, tant s'en faut, 
à faire .mieux apprécier ce qu'elles ont de piquant et d'incisif. 
Elles ne donnent cependant pas la mesure complète du dessi- 
nateur, mais celle du fin observateur des mœurs y est déjà. 
Celui-ci ne laisse, dès lors, rien passer d'inaperçu: il utilise les 
travers de ses amis; il s'empare des lies de ses parents; il 
fait, à leur insu, poser les uns et les autres et devenu, à cer- 
tains jours, homme du monde, il invente ses compositions en 
faisant ses visites. 

III. 

Lorsque la verve railleuse de l'artiste commençait à se 
manifester, les résultats de la révolution de 1830 surexci- 
taient encore les esprits. Préjudiciable aux intérêts matériels, 
cette effervescence semblait, au contraire, féconde pour les 
arts et les lettres; elle contribua, on le sait, à la brillante 
éclosion de la nouvelle école de peinture. Madou dut ressentir 
l'influence fiévreuse des événements, mais il n'y intervint 
point, comme plusieurs de ses confrères, d'une manière mili- 
tante. S'il prit, comme eux, la cocarde, la blouse, le mousquet, 
ce fut surtout, paraît-il, pour se servir patriotiquement du 



( 10 ) 



crayon. On eût été mal avisé de sortir sans cet attirail guer- 
rier pendant les journées de septembre ; or noire artiste 
voulait, sans s'inquiéter de la tourmente révolutionnaire, ni 
du ricochet capricieux des balles, étudier, tout à son aise, les 
effets pittoresques du combat. Il en reproduisit les principaux 
épisodes et consigna les hauts faits, accomplis aux abords du 
Parc, par le vieil artilleur, surnommé la Jambe de bois. Ces 
dessins sont remplis d'action, mais leur petitesse détruit leur 
effet dramatique : le prestige des grands hommes s'atténue 
beaucoup quand ils ne dépassent pas deux centimètres et 
que, semblables à des atomes , ils se perdent dans la fumée 
des canons. 

Avec des proportions aussi réduites Madou parvenait, ce- 
pendant, à saisir la ressemblance ; il l'avait prouvé en 1828 
lorsqu'il étoffa de nombreux personnages (tous reconnais- 
sablés et reconnus à cette époque) les quatre vues gravées, à 
la manière noire, par Gibèle et représentant les phces Royale 
et de la Monnaie, l'entrée des États généraux et l'ancienne 
Porte de Laeken (3). Le crayon de Madou se maintint pen- 
dant assez longtemps dans un cadre aussi restreint. Il parais- 
sait craindre de se fourvoyer en le dépassant; il ne le fit que 
sur de vives et d'affectueuses instances, et ce fut d'abord dans 
les Costumes militaires de l'armée, publication éditée par 
M. Dero-Becker. Cet agrandissement des proportions présa- 
geait, en quelque sorte, celui du faire et du style : bientôt 
allait paraître une œuvre magistrale, qui n'a point été dé- 
passée sous le rapport de l'invention, la Physionomie de la 
société en Europe (1836). L'artiste, l'érudit, l'historien, y 
brillent simultanément et l'exécution s'y maintient au niveau 
de la pensée. Bien accueilli dans le pays, ce livre fut cepen- 
dant encore mieux apprécié en France*, il y mit le mérite de 



( 11 ) 



son auteur en pleine lumière, il permit de lui assigner sa 
véritable place : celle réservée aux maîtres (4) . 

On était alors dans la seconde période du romantisme et le 
livre nouveau arrivait juste à son heure: il concordait avec 
les tendances des éludes historiques. Monteil publiait son 
Histoire des Français de divers États; Guizot avait buriné, 
en d'admirables pages, V Histoire de la civilisation; et un 
écrivain illustre, Walter Scott, continuait à charmer l'Europe 
en retraçant, avec une vérité incomparable, les annales de 
son pays. L'ouvrage de Madou parut destiné à prendre place 
sur le même rayon que ces chefs-d'œuvre : il en reflétait le 
caractère, il en condensait les lumières. Pour l'élaborer deux 
systèmes pouvaient à priori être adoptés : l'un tendant à le 
localiser en appliquant ses indications rétrospectives à une 
seule ville; l'autre tendant à le généraliser en les appliquant 
à toute la société européenne. C'est ce dernier système qui 
a prévalu, bien qu'il eut été infiniment plus facile à l'artiste 
d'exécuter, à l'instar de certains écrivains, un travail de 
marqueterie historique. Pour cela il lui suffisait de choisir 
dans les documents empruntés, en si grande abondance, aux 
vieux manuscrits, aux anciens tableaux, aux sculptures des 
grands monuments. Cette fausse érudition, faite au moyen 
de pièces rapportées, conserve encore du prestige et inspire 
d'autant plus de respect que personne ne se soucie de la 
contrôler. Madou estimait cependant que les documents ne 
valent que par un meilleur emploi; il se servit des siens 
pour évoquer le passé, l'animer d'une vie nouvelle, et nous 
montrer l'aristocratie du XV^ au XIX" siècle, au milieu de 
ses parcs, de ses jardins, de ses manoirs, tantôt avec ses 
mœurs chevaleresques, tantôt avec ses habitudes viiiles de 
chasse et de vénerie, d'autres fois avec ses tendances litté- 



( 12 ) 



raires et ses goûts artistes. II fit de chaque époque le por- 
trait et il suffit de les examiner tous pour connaître les étapes 
du progrès social. Ce n'est point un recueil d'images, mais 
un livre d'hisloire qu'on a sous les yeux. 

Notre maître ne s'arrêta point après ce brillant succès; son 
esprit chercheur lui fournit, bientôt, le plan d'un second livre, 
aussi neuf et encore plus hérissé de difficultés que le pre- 
mier. Il voulut donner à la biographie la vitalité attrayante 
qu'il avait su prêter à l'histoire et résolut, à cet effet, de 
choisir un épisode caractéristique dans la vie de chaque 
peintre célèbre et d'imiter son style, son sentiment, sa ma- 
nière. Changer ainsi de ton et d'allure, de caractère et de 
nationalité, être tour à tour peintre de genre et d'hisloire, de 
marine ou de paysage, passer de l'élégance de Van Dyck au 
grotesque de Jean Steen, et du grandiose de Rubens à la 
vérité naïve de Paul Potter, tel était le problème à résoudre. 
11 paraissait presque insoluble. Madou le résolut pourtant avec 
une habileté et un goût exquis. Grâce à sa merveilleuse puis- 
sance de transformation, il y eut, à chaque page, nouvelle 
métamorphose, sans qu'aucune laissât entrevoir l'insuccès ou 
l'effort du pasticheur. Qui réussit n'a jamais tort, et le succès 
couronna si bien l'entreprise, que les écrivains les plus émi- 
nents du pays voulurent s'y associer : de Stassart écrivit la 
notice de Vander Meulen; de Reiffenberg se chargea de celles 
de Rrouwer et de Craesbeek; Baron raconta la vie de Rem- 
brandt; M. De Decker se fit le biographe de MemlingetM. Alvin 
celui de Rubens. Le nombre des aspirants collaborateurs 
dépassa de beaucoup celui des notices disponibles. Il y eut 
un salon des refusés. L'estime inspirée par le caractère et le 
talent de Madou exerçait déjà leur double attraction (5). 

Les caprices de la mode, qui donnent si vite un air vieillot 



( 13 ) 



à certaines œuvres d'art, à certaines œuvres littéraires, n'ont 
mis aucune ride sur la Physionomie de la société, ni sur les 
Scènes de la vie des peintres. Ces deux ouvrages ont con- 
servé, après quarante ans, le charme, l'allrait, Tactualité, si 
bien appréciés au moment de leur apparition. 

IV. 

Tandis que ces publications entraient dans les biblio- 
thèques, les dessins de Madou continuaient à grossir les porte- 
feuilles des collectionneurs. Il en produisait beaucoup et n'en 
pouvait produire assez. Méthodique dans sa manière d'écono- 
miser le temps, il faisait continuellement succéder aux grands 
travaux, qui nécessitent des recherches et de l'inspiration, 
ceux, plus abondants, qui appartiennent au domaine de la 
fantaisie. Indépendamment des deux ouvrages cités, il en 
acheva un troisième, comprenant une centaine de sujets : Le 
Voyage à Surinam de Pierre Benoît. Les dessins originaux 
de ce Gil-Blas, vrais, mais fort incorrects, méritaient à peine 
d'être mis au jour ; cependant, sans s'inquiéter de leur quan- 
tité ni de leur incorrection, notre artiste les reproduisit sur 
pierre, revus, corrigés, embellis, après avoir réclamé pour les 
paysages le concours de son fidèle et habile collaborateur, 
Paul Lauters. André Van Hasselt avait, de son côté, récrit 
entièrement le texte du voyageur et celui-ci avouait, plaisam- 
ment, qu'il ressemblait au geai paré des plumes brillantes du 
paon (6). 

Une tâche étant finie, Madou en acceptait immédiatement 
une autre. On ne lui laissait ni trêve, ni repos; il suffisait 
à tout, rechignait un peu, mais recommençait par besoin 
d'activité. Vignettes et illustrations, demandées par les li- 



( 14 ) 



braires, sépias et aquarelles, sollicitées par d'aimables men- 
diantes, portraits et charges improvisés pour des amis, toutes 
ces créations hâtives, légères et charmantes, s'envolaient de 
son atelier pareilles à des papillons. Point de tombola dite 
philanthropique, point de journal d'art, si éphémère qu'il fût, 
qui ne parvînt à recueillir quelques miettes de son talent. On 
réussissait toujours en faisant appel à sa bonté ou à son 
patriotisme. On parvint même à lui arracher des tableaux: 
il en accorda un délicieux, l'Arquebusier, au vainqueur du 
tir national (7). 

Il lui fallait interrompre parfois ses labeurs; mais, si l'excès 
de fatigue l'y obligeait, à l'activité de ses mains il substituait 
celle de son esprit. Relire ses auteurs favoris, déchiffrer 
quelque vieille partition, se rendre au théâtre quand des 
chanteurs habiles interprétaient les premiers rôles du réper- 
toire, suffisait à le réconforter. Ses travaux bénéficiaient en- 
core de tels plaisirs : l'on entrevoit ses goûts relevés dans le 
choix de ses compositions. D'un abord froid et grave, Madou 
se déridait tout à fait à l'audition d'un chant expressif ou 
d'un poëme symphonique; son regard s'adoucissait alors, un 
bon sourire glissait sur ses lèvres et une expression de plaisir 
venait illuminer son visage. La musique constituait le meil- 
leur appât pour le prendre et pour l'amadouer. On y parvint 
plus d'une fois et tel chanteur célèbre, auquel il avait d'abord 
refusé de vendre un tableau, en obtint plusieurs en faisant 
entendre les beaux chants dramatiques qui lui ont valu sa 
renommée. Cependant, en ses dernières années, il faisait 
mystère de sa persévérance comme violoniste; il la taxait, 
bien à tort, de manie surannée ; ce n'est qu'à huis clos, au 
fond de son atelier, qu'il saisissait encore son archet ou se 
mettait à chantonner des vieux refrains, Wilkie y mettait 



( 15 ) 



moins de façons : il raclait effrontément, sans égards pour 
les oreilles de ses auditeurs ; mais, comme notre peintre, 
obéissant sans doute à des sentimenls de confraternité, il 
se plaisait aussi à introduire des vieux ménétriers dans ses 
tableaux. 

Chacun compose et dessine en raison de son tempérament: 
l'un est fougueux et puissant, l'autre fin et délicat, un troi- 
sième lourd et pâteux. Autant d'artistes, autant de dissem- 
blances donnant la mesure des facultés. Madou la donnait 
pleine et entière, crayonnant ou peignant comme on cause et 
souriant, lui-même, de la comédie humaine qu'il retraçait. 
Tout ce qu'il raconte de cette manière est positif. Tout ce 
qu'il montre a de l'évidence. Ses personnages, si réels, nous 
apparaissent, comme des portraits : on les a déjà rencontrés, 
on veut les reconnaître, car on a vu tout d'abord quel est leur 
âge, leur caractère, leur profession. Le fait dans lequel ils 
interviennent n'a pas moins de clarté. L'artiste l'a observé, 
s'en souvient, le rappelle si bien qu'on pourrait redire, à 
propos de ses compositions, ce qu'on a dit des récits de l'au- 
teur de Gil Blas : « Nulle part on ne trouvera une censure 
» plus amusante et plus vive du ridicule et du vice, une 
» narration plus rapide, un style plus vrai, plus de bon sens 
« et d'esprit réunis, plus de naïveté et de verve satirique. » 

Si l'on admet, comme le prétend Machiavel, qu'il n'est que 
trois espèces d'hommes : ceux qui pensent par eux-mêmes, 
ceux qui pensent par les autres et ceux qui ne pensent pas 
du tout, Madou appartient incontestablement à la première 
catégorie. Tout y contribua. 11 n'eut guère à subir le joug 
d'une école ni à s'assimiler les formules d'un maître. En 
effet, son apprentissage à l'Académie fut trop court et l'auto- 
riié de son professeur trop modérée pour lui imposer une 



( 16 ) 



doctrine. Celle éducation exceptionnelle renforça son carac- 
tère naturellement indépendant; « il faut être soi, sous peine 
de n'être rien , » devint en quelque sorte sa devise. Il lui fut 
d'ailleurs facile de se préserver de l'imitation sympathique, 
son talent n'offrant guère d'affinité avec celui des maîtres 
qu'il admirait le plus. Delaroche et Ingres, Gallait et Gérôme 
avaient surtout le privilège d'exciter son enthousiasme et il 
savait caractériser, en quelques mots, la saveur particulière 
inhérente à leurs chefs-d'œuvre. 

L'originalité si tranchée de notre artiste n'a pas sauve- 
gardé son nom de la manie banale des comparaisons : bon 
gré, mal gré, on lui a trouvé des précurseurs par voie d'ana- 
logie. De tels rapprochements clochent toujours par certains 
côtés; on y signale tout ce qui est conforme, on y omet tout 
ce qui différencie, et, grâce à cet escamotage, on arrive à 
établir une vague ressemblance entre des individualités très- 
dissemblables. Si l'on persiste cependant à vouloir découvrir 
un peintre doué d'un talent analogue à celui de notre maître, 
il n'en est qu'un, à notre sens, qu'on puisse citer, c'est Wilkie. 
Encore la similitude n'existe-t-elle point dans le domaine 
technique : leur manière d'exécuter ne se ressemble point, 
leur manière de composer se ressemble beaucoup. Comme 
exécutants ils appartiennent à des nationalités différentes, 
comme penseurs ils sont de la même famille. On ne saurait 
le nier après avoir constaté le choix identique de tant de 
sujets dans l'ensemble de leur œuvre. En effet, on y trouve, 
de part et d'autre, des Politiques de cabaret, des Lecteurs 
de journaux , des Musiciens ambulants, des Marchands 
colporteurs ^ une Chasse au rat et une admirable Fête vil- 
lageoise. Tous deux excellèrent à exprimer les plus délicates 
nuances des sentiments, et surent également inspirer du res- 



( 17 ) 



pect par leur lad , leur savoir, la recUtude de leur vie; mais 
Wilkie, moins leuace , moins incisif , moins fécond , ne sut 
pas maintenir de l'unité dans sa manière de peindre; après 
ses voyjges sur le continent il s'inspira, tour à tour, des ta- 
bleaux de Rembrandt, du Corrége et surtout de ceux de 
Velasquez. Devenu imitateur, il tenta de justifier, par des 
théories paradoxales, la dégénérescence de son style : « Ve- 
» lasquez, disait-il, est un Teniers en grand et le véritable 
» auteur du mouvement qui s'opère aujourd'hui en Angle- 
» terre. Sans connaître parfaitement ses ouvrages, nos ar- 
« listes en ont saisi les caractères essentiels et les principaux 
» relèvent de lui. » Infiniment plus logique et plus simple, 
l'esthétique de Madou se résumait pour ainsi dire en un seul 
principe, dont toute son œuvre fut l'éclatante justification : 
Consulter la nature, suivre ses conseils, et pour les réaliser, 
obéir sans réserve à son sentiment intime. 

L'instruction très-sommaire que reçut Madou fut com- 
plétée par lui-même. 11 l'étendit dans toutes les directions et 
s'assimila des connaissances très-variées. Des circonstances 
heureuses, qu'il sut utiliser, y contribuèrent beaucoup. Il 
épousa, en 18.34, mademoiselle Mélanie Lennuyer, sœur uté- 
rine d'Adolphe Quetelet, union si parfaitement assortie, 
qu'aucun nuage n'en troubla jamais la sérénité, et qui le mit 
en relation avec plusieurs des savants, des littérateurs, des 
artistes les plus éminents de notre époque. 11 était déjà l'un 
des visiteurs assidus de l'Observatoire, il devint ainsi, pour 
ses habitants, l'allié le plus sympathique, l'ami le plus re- 
cherché. Dès lors il vécut dans un milieu où les progrès des 

2 



( 18 ) 

sciences el des arts, les manifestations du bon goût et du 
bon sens, étaient l'objet d'incessantes préoccupations; son 
talent et ses œuvres s'en ressentirent grandement. 

On supposerait à tort que le salon de M-"^ Quetelel fut, ce 
qu'on appelait jadis en France un bureau d'espril, un cénacle 
pédanlesque, un lieu spécial de réunion pour les astronomes, 
les chimistes et les géomètres. La gaieté y avait ses coudées 
franches, le rire pouvait y éclater, les saillies les plus osées, 
pourvu qu'elles ne fussent ni obtuses ni grossières, n'y pro- 
voquaient point de réprobation. Les jeunes, comme les vieux, 
avaient là leur coin réservé et promptement envahi, car il 
suffisait, pour y être bien reçu, que l'art, la poésie , ou la 
science fussent l'objet d'une sincère prédilection; ni talent 
supérieur, ni notoriété reconnue, ni brevet de capacité 
n'étaient indispensables. Quelelet et sa fille, M"™" Clays, 
recevaient avec une bonne grâce exquise jusqu'aux plus 
obscurs visiteurs. Elles réservaient pourtant, on le devine, 
leur accueil le plus enthousiaste aux hommes célèbres. C'était 
alors fête pour des intelligences aussi cultivées et aussi avides 
de s'enrichir encore. C'était aussi, dans l'ordre matériel , 
réjouissance extraordinaire, réjouissance qui , pourtant, se 
renouvelait assez souvent, car nul voyageur distingué ne 
quittait la Belgique sans s'être mis en rapport avec le secré- 
taire perpétuel de P Académie, — le directeur de VOhserva- 
toire^ — le président de la Commission centrale de statis- 
tique , — individualité unique, qui, grâce à une intelligence 
supérieure, pouvait suffire à de hautes et triples fonctions. 
Madou eut ainsi l'occasion de rencontrer, de revoir, d'étudier, 
De Humboldt, François Arago, Le Verrier, les deux Ampère, 
Gioberti, Cobden, Wheaslone, David d'Angers, Gudin, Horace 
Vernet, et beaucoup d'autres. Il fut non-seulement leur inter- 



( 19 ) 



locuteur, il devint leur portraitiste. Qiielelet voulait conserver 
un souvenir matériel de ses confrères , de ses amis : leur 
portrait, Madou satisfaisait, ordinairement, à ce désir et une 
soirée lui suffisait pour qu'il parvînt, au milieu des cause- 
ries , à reproduire très-fidèlement la physionomie de son 
modèle. Un panthéon familier, composé d'une centaine de 
portraits et de charges, se forma ainsi à l'Observatoire et s'y 
agrandissait continuellement . 

A d'autres moments, la musique régnait en souveraine ab- 
solue; des chanteurs habiles, des instrumentistes excellents, 
tels que Géraldy, Ponchard, Sivori, Théodore Hauman , 
M™« Sabatier et M""^ Hensel. sœur de Mendelsohn, impro- 
visaient des concerts. De telles surprises procuraient à 
Madou d'incomparables plaisirs; il le déclarait hautement, et 
se disait prêt à les payer par l'octroi d'un ou plusieurs des- 
sins (8). Enfin, à certains jours exceptionnels, l'agitation, le 
désordre, la plus bruyanle gaieté, remplaçaient le calme 
habituel. Le carnaval pénétrait effrontément dans le logis et 
le bouleversait : jeunes et vieux se grimaient, se travestis- 
saient, et, aussi animés que des collégiens en vacances, 
jouaient aux charades en actions. Les travailleurs les plus 
austères doivent parfois se dilater la rate : c'est un des pré- 
ceptes de l'école de Salerne et l'on ne manquait pas de s'y 
conformer. Dans ces jours de fol entrain, de complet aban- 
don, nul n'aurait su reconnaître le savant et grave Quetelet, 
le bon et mélancolique Calamatta, le sage et prudent Madou . 
Ce dernier montrait alors tant de solennité grotesque dans 
ses allures, tant d'imprévu dans ses ajustements, qu'il eût pu 
rivaliser avec un de ses plus vieux camarades, Henri Monnier, 
le père, ou plutôt l'inventeur de Joseph Prudhomme (9). 
Quoi qu'on fît à l'Observatoire, Madou était toujours investi 



( 20 ) 

d'un mandat d'art isle. Aux soirées iiilimes, quand M™e Que- 
telel, excellente lectrice, ouvrait un volume de WallerScolt, 
nouvellement traduit en français, et qu'elle tenait ses audi- 
teurs sous le charme du récit, lui s'en inspirait et crayonnait 
rapidement une composition. Ce premier jet, ensuite achevé, 
se transformait en aquarelle; plus d'une scène, empruntée 
aux romans des Puritains, d'ivanhoë, de Woodslcck, a été 
ébauchée ainsi de 1835 à 1840. L'aquarelle était, à cette 
époque, l'objet d'un engouement passionné; quinze ans plus 
tard, elle était tombée dans un complet abandon, et c'est 
alors que Madou résolut de fonder la Société des Aquarel- 
listes. En prenant cette initiative, l'artiste, surchargé de be- 
sogne, ne songeait pas à lui-même; il n'avait qu'un but, celui 
de créer des ressources nouvelles à ses confrères; de leur 
fournir l'occasion de vendre des productions improvisées ; 
et, grâce au prestige de son nom, à son activité, à son zèle, 
ce but il l'atteignit : l'aquarelle reprit sa place; la mode la 
fit valoir; le public se remit à admirer ce qu'il dédaignait 
auparavant. Afin d'activer cette réaction, Madou exposait 
toujours sans jamais désirer de vendre. Il préférait de beau- 
coup que ses productions, semblables à des pigeons voya- 
geurs, revinssent fidèlement au logis. On ne le contrariait pas 
trop sous ce rapport et, peu à peu, il se trouva possesseur 
d'une admirable collection, récemment éparpillée (10). 

VI. 

Beaucoup d'aquarelles témoignent de son savoir, de son 
érudition, de son goût littéraire; c'est surtout ainsi qu'il 
laissait entrevoir ses facultés intellectuelles; dans sa cau- 
serie il tendait plutôt à les amoindrir. Il nous dit certain 



( 21 ) 

jour: « M. Cousin esl trop fort pour moi; je ne puis » le 
suivre dans son livre du vrai, du beau ci du bien. « Il 
se méconnaissait évidemment : M. Cousin n'était pas trop 
fort, mais trop abstrait pour lui. Les philosophes métaphy- 
siciens volatilisent pour ainsi dire les idées, les artistes 
tendent, au contraire, à les solidifier : ils ne sauraient s'en- 
tendre. Cette tendance au matérialisme est si exclusive, par- 
fois, chez certains peintres qu'ils éliminent systématiquement, 
toute pensée de leurs œuvres. Notre maître n'appartenait 
pas à cette école. Considérant la musique et la peinture 
eomme des moyens d'expression, des langues universelles, 
il ne pouvait même admettre qu'on s'en servît et qu'on 
parlât beaucoup, avec l'intention, bien arrêtée, de ne jamais 
rien dire. 

Qu'on se bornât à l'énoncialion d'une pensée unique, il 
l'eût compris : il est des peintres si adroits, qu'une seule 
composition semble leur suffire et qu'ils peuvent ensuite la 
répéter jusqu'à la (in de leur vie. Madou n'aurait su, à aucun 
prix , se vouer à ce régime d'abstinence morale; ne prenant 
conseil que de la nature, il fallait qu'il Timitàt dans sa varia- 
bilité incessanle. Si, cependant, la persistance de nos anciennes 
mœurs et certaines habitudes dominantes, l'amenaient à re- 
prendre des sujets déjà traités, il les mon Irait, à cha(jue fois, 
sous un nouveau point de vue et en modifiait si bien l'aspect 
que la répétition se Iranformait en nouveauté. Son pinceau a 
créé toute une série de prud'hommes politiques, les uns 
expansifs, d'humeur sociable, bouffis d'importance et dévoi- 
lant indiscrètement les secrets des cabinets européens ; les 
autres pris isolément, et absorbés, hébétés, ou endormis par 
la lecture des journaux (les journaux d'autrefois, bien en- 
tendu). Il a peint aussi une série, plus considérable encore. 



( 22 ) 

d'ivrognes dominés par divers degrés d'ébriélé. Jamais les 
modèles de ce genre ne lui faisaient défaut; l'inconscience 
de leurs poses excilait sa verve, et si, par aventure, il en ren- 
contrait un trop plein d'abandon, il le suivait avec sollicitude 
et ne pouvait se résoudre à le quitter, qu'en le voyant ren- 
trer, trébuchant, au logis. 

On remarquera, sans doute, le singulier contraste existant 
entre les compositions du peintre et les habitudes de l'homme. 
Celui-ci, voué à l'existence la plus calme, en possession des 
joies paisibles du foyer domestique, se lançait— dès qu'il pre- 
nait sa palette — au milieu du tumulte des tavernes, du va- 
carme des kermesses, des rixes des buveurs, des disputes 
criardes des époux mal assortis, et, circonstance aggravante, 
dans les querelles conjugales, c'est toujours au beau sexe 
qu'il attribuait le vilain rôle. Sorlait-il de ce milieu tapageur 
pour vous introduire dans les salons, sa gamme changeait 
aussitôt : Tœuvre devenait coquette, les personnages raffinés, 
il montrait de l'élégance sans atïeterie et de la sentimentalité 
sans fadeur. Jamais d'atl'ectation, ni d'insignifiance, soit qu'il 
s'agisse de la bouderie ou de l'entente des amoureux, de la 
présentation des fiancés, des assauts infructueux des galants; 
soit que, dans une action plus mouvementée^ il montre l'ar- 
restation d'un vagabond, une mêlée de batailleurs, ou des 
épisodes de la vie d'Ostade, de Jean Steen et de Van Dyck. 
Dans tous ces sujets, et dans vingt autres, l'exécution con- 
stamment modifiée, s'harmonise avec les époques ou les 
personnages choisis. Chaque siècle a, en effet, des types qui 
en caractérisent la tendance; l'examen d'une collection de 
portraits historiques le démontre, elle pinceau de notre 
maître le constate de même avec évidence. Il savait choisir 
ses modèles pour les approprier à ses conceptions, puis, ce 



( 23) 



travail de classement étant effectué, il s'amusait volontiers de 
cette science archéologique, si souvent comprise à l'envers 
et qui, plus soucieuse alors des vêtements que des visages, 
n'aboutit plus qu'à rajuster les vieilles coiffures d'autrefois 
sur les fraîches physionomies d'aujourd'hui. 

C'est sans théorie préconçue, en quelque sorte d'instinct, 
qu'il déployait celle ingéniosité de metteur en scène. La nature 
l'avait créé, tout à la fois, observateur incessant et peintre 
lidèle; il ne faisait qu'obéir à celte double vocation et, dès 
lors, en bonne justice, il ne faut pas trop le vanter pour l'in- 
tarissable esprit qu'il laissait jaillir. Louons-le beaucoup, par 
contre, de n'en avoir jamais abusé. Montrer trop d'esprit, 
c'est ne pas en avoir assez; or le bon sens aiguisé de notre 
maître lui permettait de conserver, en toute chose, la plus 
juste mesure. « On tombe, disait-il, du côté où l'on penche » 
et il eut, tout sa vie, le délicat souci de ne pas outrer ses qua- 
lités quand tant d'autres exagèrent, complaisamment, leurs 
défauts. Cependant, s'il traite des scènes populaires, l'ordon- 
nance de ses tableaux est remplie de passion: il accentue les 
types, les expressions, le débraillé et la grosse gaieté qui s'y 
étalent. Qu'on abandonne de tels sujets à un pinceau inexpé- 
rimenté et l'on reverra la bambochacle avec sa révoltante 
trivialité, ses ignobles excès, et le rendu, trop exact, de tous 
les résultats produits par rintem[)érance. Jamais il ne des- 
cendit jusqu'à ce niveau boueux; l'œil pénètre avec plaisir 
dans ses pittoresques cabarets; ses buveurs plaisent par leur 
naïve animation; et ses ivrognes les plus exaltés restent 
encore, si parfaitement, en deçà des limites tracées parle 
bon goût que le roi fastueux, qui faisait mettre à l'index les 
magots de Teniei s, eiit sans doute regardé en sourîant les 
magots de Madou. 



vu 



Déjà Irès-vaiilé comme dessinaleur, Madou liésila long- 
temps avant de vouloir être peintre. Plein de prudence, con- 
tent de son sort, ne connaissant ni l'àpreté an gain, ni l'insa- 
liabililé des distinctions, il Ironvail déraisonnable de vouloir 
plus ou de chercher mieux. A quoi prétendre encore quand on 
a touché au but suprême de la vie en trouvant le bonheur? 
Cette philosophie rationnelle dut fléchir pourtant devant les 
instances, de celle dont ce bonheur était l'œuvre. Ancienne 
élève de Navez, ayant elle-même cultivé la peinture de genre, 
jyjme Madou obtint de son mari qu'il s'y essayerait à son 
tour. 11 le fit, en 1839, sinon avec mystère, du moins avec 
discrétion : il lui eût paru outrecuidant de donner trop d'im- 
portance à un fait personnel. L'essai d'un nouveau procédé 
d'exécution ne pouvait olfrir que des difficultés d'un ordre 
secondaire à celui qui possédait les principaux éléments 
nécessaires à la production d'un tableau, la science du dessin 
et le don tie l'invention ; il lui restait à acquérir l'habileté 
technique et il s'y adaclia avec une ardeur juvénile. Il tenait 
à dissiper promplemenl la méfiance que ses essais allaient 
inspirer. En ce point, comme en bien d'autres, il voyait juste 
et de loin. On ne loua dans ses premiers tableaux, que le 
dessin, et encore! alin de pouvoir mieux à Taise en critiquer 
le coloris. On ne pouvait, sans absurdité, nier son imagina- 
tion, mais l'on s'en indemnisa en exagérant la sécheresse , la 
froideur, la minutie de son pinceau. De l'esprit, disait-on, 
voilà une piètre qualité 1 C'est de la couleur, c'est de la brosse 
qu'il faut avant tout; l'esprit court les rues. On avait, peut- 
être, raison. 11 faut croire, en effet, que l'esprit court et 



( 25 ) 



très-vite, puisque si peu d'artistes parviennent à rattraper. 
Aussi notre nouveau peintre laissait-il dire sans que ces 
rumeurs parussent arriver jusqu'à lui et, pendant qu'il tra- 
vaillait, elles tombèrent dans le gouffre de l'oubli. 

On ne censurait guère Madou en sa présence : sa froide 
dignité l'empêchait ; mais l'eûl-on osé, il eût écouté la cri- 
tique avec le calme qui lui faisait accueillir la louange. Ce 
n'était ni indifférence, ni orgueil, mais fermeté de raison. 
Mieux que personne il mesurait l'intervalle qui sépare l'achè- 
vement, toujours imparfait, d'une œuvre d'art, de l'idéal, 
toujours irréprochable, qui l'a fait éclore. Il appréciait, peut- 
être mieux encore, les raisons si multiples et si rarement 
abstraites, qui motivent l'abus des éloges. 

Dès ses débuts, Madou s'imposa comme un devoir de pren- 
dre part aux expositions triennales de Bruxelles. Ce devoir il 
le remplit, sans interruption pendant 50 ans, estimant que 
les épreuves publiques sont salutaires, tandis que l'isolement 
condamne l'artiste, soit au dégoiit de son art, soit à une 
appréciation beaucoup trop complaisante de son mérite. Le 
premier tableau exposé par lui en 1842, le croquis, permet- 
tait déjà d'atfirmer qu'il réussirait. Un nouveau progrès, 
très-accentué, se manifesta en 1845 par l'exécution du Mar- 
chand de bijoux et du Ménétrier. Bien qu'en 1848 il fijt 
devenu, tout à la fois, plus habile et beaucoup plus fécond, il 
ne parvenait plus à satisfaire aux exigences des collection- 
neurs. Il savait peindre, et on le vit bien par la succession, 
assez rapide, de ses toiles les plus importantes, notamment 
celles du Mauvais ménage, — de Van Dyck à Saventhem, — 
du Corps de garde d'autrefois, — de V Audience de police ^ — 
de rOstade au cabaret, et enfin de la Fêle au château, fête 
comprenant quarante figures, divisées en divers groupes, et 



( 26 ) 

remplissant, sans contusion, une vasle salle inondée de lu- 
mière. 

Ce tableau et celui des rrow6/É'-/'^/e, appartenant égale- 
ment au musée de rÉlal, fuient exécutés deux fois, dans 
des dimensions un peu dissemblables et avec de très-légères 
variantes. La première de ces répétitions se trouve à Berlin ; 
la seconde, vendue après décès, fut longtemps conservée par 
l'artiste: il ne pouvait se résoudre à s'en dessaisir bien qu'on 
lui olfrît d'en fixer, lui-même, le prix. Cette exagération de 
tendresse paternelle provenait moins d'un mérite excep- 
tionnel que de certaines circonstances particulières. Madou 
achevait les Trouble- fêle quand le Gouvernement lui de- 
manda un tableau d'histoire. Celte singulière faveur lui causa 
encore plus d'humeur que de surprise : « me demander, 
disait-il, une scène héroïque, une page de nos annales, à 
moi qui n'ai représenté que les joyeuses aventures de nos 
artistes, de nos soudards et de nos buveurs, c'est oublier ce 
que j'ai fait et ce que je puis faire. » Cependant, ne voulant 
point répondre par un brusque refus à une gracieuseté inten- 
tionnelle, il finit par crayonner deux sujets historiques: 
y Échaufj'ourée du duc d^Alcnçon à Anvers et la Fin du 
siège d'Ostende sous Albert et Isabelle. ïl allait envoyer ces 
esquisses à la Direction des Beaux-Arts, quand celle-ci, mieux 
avisée, revint sur sa première décision et mit fin au trouble 
du peintre en lui achetant ses Trouble-fête . On comprend 
que le tableau qui l'avait ainsi délivré d'une espèce de cau- 
chemar devait lui être particulièrement cher. 

Un autre tableau, plus piquant d'expression , fut vendu 
la même année (1854), au duc de Brabant : \2iChasseau rat. 
Un rat! Un rat! s'écrie-t-on dans la maison du cordonnier, 
et aussitôt on s'agite, on court, on s'arme ; l'un saisit un 



( 27 ) 



balai, l'autre un parapluie, un troisième une brosse, et pen- 
dant qu'on furette pour découvrir le rongeur, voilà qu'il 
échappe et se glisse dans un trou, au seuil de la porte d'en- 
trée. La charmante composition du Coup de l'étrier n'a pas 
moins d'expression pittoresque; ce Coup est bu à la porte 
d'une auberge, par les habitants du logis, et en l'honneur du 
gros fermier monté , avec sa fdie en croupe , sur un beau 
cheval blanc. Le Nouveau seigneur du village nous semble 
irréprochable. Jeune, élégant, il arrive le sourire aux lèvres 
dans la salle où l'attendent les filles et les femmes des nota- 
bles. Elles y sont à l'alFùl d'un compliment ou d'une œillade 
et voici que le seigneur fixe les yeux sur une jolie blonde; sa 
mère la pousse aussitôt du coude et l'invite à faire la révé- 
rence , tandis que le bailli, émerveillé du succès de la villa- 
geoise, songe, peut-être, déjà à la couronner rosière. 

Plusieurs toiles décoratives furent aussi exécutées par 
notre peintre. Elles montrent son talent sous un aspect nou- 
veau et revêtu d'une admirable ampleur. Une circonstance 
fortuite amena cette innovation dans son. faire. Un sénateur, 
homme de goût, M. le baron Van de Woestyne, vint prier 
Madou de lui désigner un artiste apte à décorer sa salle à 
manger. « Je n'oserais, dit-il, après avoir indiqué le but 
de sa visite, vous proposer d'accepter une pareille tâche : 
elle est trop peu relevée pour votre mérite, pour votre ré- 
putation. M — i< Tl est vrai, répondit Madou, que je ne 
voudrais plus, à mon âge, me faire peintre décorateur : Cela 
dérangerait trop mes habitudes; mais, puisque vous voulez 
donner un bon exemple, qui, étant suivi, deviendra fructueux 
j)0ur mes confrères, je me charge des tableaux destinés à 
votre hôtel : veuillez m'en faire donner les mesures. » Trois 
grandes compositions largement peintes, avec le concours du 



( 28 ) 



paysagiste Kreiiis , furent la réalisation de cette promesse ; 
elles ont pour sujets : le coriége d'une noce villageoise; — le 
bal donné, au seuil du cabaret, à l'occasion du mariage; — 
et enfin les résultats du mariage : de frais bambins présentés, 
par les époux déjà vieillis, au seigneur du château (1858). 

La négociation si habilement menée par un sénateur excita 
l'envie de M™" Madou : elle voulut aussi avoir un salon orné 
de peintures. 11 lui fallut attendre plusieurs années avant de 
l'obtenir, mais les chefs-d'œuvre produits pour la satisfaire 
l'indemnisèrent de cette longue attente. 

Avec le concours de quelques confrères, ^îadou produisit 
des illustrations nouvelles pour les œuvres de La Fontaine. 
Clays, l'excellent peintre de marine, mit un fond lumineux à 
la fable de V Huître et les plaideurs, — Charles Tschaggeny 
se chargea de Vâne, si important, dans la fable du Meunier 
et son fils, — Paul Lauters brossa la forêt où Vours et les 
deux chasseurs se trouvent réunis, ainsi que le hameau 
habité parl'^omwe qui a pondu un œuf, — enfin le maître 
du logis donna la vie et l'expression à tous les personnages 
empruntés au fabuliste. 

La confraternité affectueuse qui régnait entre Madou et 
beaucoup d'artistes belges, français, hollandais, est plus 
visible encore dans son élégant atelier : il est orné de vingt 
médaillons, véritables bijoux, encastrés dans une boiserie de 
chêne et peints par Schelfhout, Verveer, BIès, Beaume, La- 
pilo, Le Poitevin, Clays, Hamman, Navez, les deux Tschag- 
geny, Henri Leys et plusieurs autres (1 1). L'ameublement est 
complété par quelques portraits de famille; par un joli ta- 
bleau du peintre allemand llubner, par un portrait d'Alexan- 
dre Dumas surchargé d'annotations autographes; par une 
petite bibliothèque musicale (30 partitions au moins) et par 



( 29 ) 



des portefeuilles méthodiquement remplis, bien qu'une vente 
après décès les ait, en partie, dégonflés (12). 

VIII. 

La lampe qui va s'éteindre projette , pour un instant en- 
core, une lumière plus vive : ainsi du talent de noire maître. 
S'il n'avait pris soin d'inscrire des dates sur ses derniers ta- 
bleaux, ses appréciateurs même y seraient trompés : ils repor- 
teraient aux meilleurs temps de la jeunesse les productions 
de l'octogénaire. On s'attend, en effet, à y découvrir les traces 
d'une main qui tremble, d'une intelligence qui s'assoupit, et 
l'on se trouve en présence de scènes pétillantes de verve, 
exécutées avec entrain et s'adressant si directement à l'inlel- 
ligence qu'elles obligent à faire un commentaire ou plutôt 
un dialogue. Chacun le fait à sa guise, et se satisfait en 
l'ajustant à la mesure de son imagination. 

Depuis peu, notre artiste s'était plu à étudier la fin du 
XV1II« siècle; l'espace de temps qui s'écoula entre le règne 
de Louis XVI et la constitution du premier empire l'intéres- 
sait par les raffinements de sa littérature, l'élégante dépra- 
vation de ses mœurs et les épisodes sanglants de ses drames. 
On devine le parti qu'il eût tiré de tant de contrastes si la 
mort ne fut survenue; l'on peut même, sinon le constater, 
du moins l'entrevoir par deux de ses derniers tableaux. Ici 
un amoureux, placé debout, dans une attitude de solliciteur, 
mendie de sa belle — mollement assise devant lui — l'octroi 
d'un tendre aveu ou celui d'une petite charité. — Il insiste 
sans qu'elle ail voulu répondre ni oui, ni non, et elle va le 
laisser partir au risque de ne plus le revoir, quand, tout à 
coup, elle penche la tête, réfléchit, s'émeut et va capituler: 



( 50 ) 



son œi! allanguî révèle déjà qu'elle brûle d'accorder ce 
qu'elle refuse encore. 

La scçne, ravissante de finesse, paraissait achevée, quand 
Madou, trop sévère pour lui-même, eflaça la tôle de l'amou- 
reux, qu'il trouvait inexpressive; l'œuvre ainsi décomplétée 
n'est plus qu'un souvenir, un document biographique, qui 
sera, religieusement, conservé par la famille du maître. 

L'autre composition, plus importante, a été intitulée: Les 
bijoux d'un vieux beau. Assis, avec deux jeunes filles, près 
d'une table garnie de fleurs, ce beau sexagénaire, à la physio- 
nomie égrillarde, avance complaisamment sa main blanche 
garnie de brillants; les deux donzelles se penchent pour 
mieux les voir et, naïvement émerveillées, ne dissimulent ni 
leur admiration, ni leur convoitise. Elles ignorent, les pau- 
vrettes! qu'elles sont en présence d'un tentateur, d'un con- 
quérant audacieux qui ose songer encore à des annexions 
futures et qui fait jouer à ses bagues le rôle des pommes du 
paradis terrestre, si perfidement off'ertes, par le diable, à l'in- 
nocent appétit de la mère Eve. Les personnages, les costumes 
les moindres accessoires de ce tableau ont été peints avec 
verve et c'est faute de temps, hélas! qu'il y manque un détail, 
un seul, la signature. 

Madou participait, non-seulement aux expositions natio- 
nales, mais à celles des pays étrangers. 11 fut décoré en Au- 
triche et en Hollande par suite de ses envois. Des témoignages 
de sympathie, auxquels il attachait plus d'importance, eurent 
pour résultats de l'associer à la Société londonienne des aqua- 
rellistes, à l'Institut des Pays-Bas, au corps académique 
d'Anvers et à TAcadémie royale de Belgique (13). En 1835 il 
fit un envoi important à l'Exposition universelle de Paris et 
il y obtint, comme récompense, une médaille de seconde 



( 31 ) 



classe, tandis que la médaille d'honneur était décernée à 
Leys. Il avait laissé, exclusivement, à ses tableaux le soin de 
parler pour lui et ne parut ni s'étonner, ni s'émouvoir de cette 
singulière justice distributive; mais deux membres du jury, 
MM. Bernard du Bus et Charles de Brouckere, s'en émurent 
pour lui et protestèrent énergiquement. L'erreur commise 
(il faudrait dire l'iniquité) fut reconnue, réparée, et Madou 
seul, parmi les artistes belges, reçut la croix de la Légion 
d'honneur. On ne prodiguait pas encore ce genre de récom- 
pense. La nouvelle de cette rectification honorifique devint à 
Bruxelles l'occasion d'une démonstration : les commissaires 
du Cercle artistique et la plupart des peintres se rendirent 
chez Madou pour le féliciter, démarche qui le toucha d'autant 
plus vivement qu'une profonde douleur l'accablait : il venait 
de perdre un fils unique, âgé de 20 ans et plein d'avenir. 
Cette perle irréparable resta comme une plaie saignante au 
fond de son cœur et ne se cicatrisa jamais! Stoïque pour lui- 
même (il le prouva quand il fut, pendant trois mois, menacé 
de cécité), il devenait, au contraire, fort impressionnable dès 
qu'il s'agissait des siens. Sa tendresse, sa sollicitude, sa pré- 
voyance étaient alors excessives; mais sa famille seule pou- 
vait entrevoir l'intensité de ses sentiments, car l'expression 
en restait presque toujours contenue. Il gardait la même 
réserve à l'égard de ses amis. A rencontre des gens qui pro- 
diguent les promesses, s'épuisent en protestations, et s'ar- 
rêtent court quand il faut agir, il promettait peu et tenait 
beaucoup. 

Laconique et plein de réserve, Madou laissait à peine 
deviner ce que ses études, sa sagacité naturelle, son expé- 
rience de la vie, lui avaient valu d'enseignements. Ennemi 
du verbiage, il savait avec peu de mots remuer beaucoup 



( 32 ) 

dMdées et de leur choc faire jaillir des élincelles. Pour Vap- 
précier et mesurer toute l'étendue de son intelligence il 
fallait être admis dans son intimité. L'auteur de celte notice 
a joui , pendant quelques années, de cet heureux privilège : 
devenu secrétaire des aquarellistes et chargé de formuler 
leur règlement, il dut avoir de fréquentes entrevues avec le 
fondateur de la Société. Il s'agissait, tantôt d^ discuter les 
dispositions réglementaires, tantôt de prendre des mesures 
pour les expositions; et l'entretien, en se prolongeant, s'ap- 
pliquait, tour à tour, aux hommes et aux choses. Madou 
jugeait celles-ci avec une extrême droiture, ceux-là avec 
une bienveillante impartialité. Les sots ne s'arrêtent qu'aux 
défauts, lui s'arrêtait volontiers aux qualités. La haine et 
l'envie lui étaient inconnues ;mais il avait ses antipathies et 
ses répugnances : les bavards, les poseurs solennels, les 
fanfarons de vertu et de désintéressement, lui paraissaient 
insupportables. Il aimait cependant mieux en rire que de 
s'en plaindre, et de même qu'il crayonnait en deux traits une 
physionomie , il savait aussi , en deux mots , esquisser un 
caractère. Il disait d'un vaniteux très-prolixe : « En se mon- 
trant aussi long il espère de paraître grand; » — d'un artiste 
affectant du puritanisme : « Il concourt sans cesse pour le 
prix de vertu; » — d'un bonhomme très-avide de popu- 
larité: « Si la guillotine popularisait, il grimperait de suite 
sur l'échafaud. « — Cependant, soucieux de la susceptibilité 
d'autrui, il ne plaisantait qu'à huis clos et ses railleries les 
plus acérées ne dépassaient pas l'épiderme. Il égratignait 
sans effusion de sang. Il égratignait aussi sans préméditation 
et s'il laissait échapper, parfois, des mo/s, c'était à la manière 
de M. Jourdain , laissant , à son insu, échapper de la pro.se. 
La gaieté de Madou était surtout apparente chez les autres; 



( 33 ) 



ses lèvres légèrement contractées, ses yeux brillant sous ses 
paupières à demi closes, trahissaient seuls sa joyeuse anima- 
tion. 11 riait en dedans et restait muet, impertubable, même 
alors qu'il crayonnait la charge d'une physionomie. Il fit de 
ces charges en abondance, et, parfois, d'une laideur si ex- 
pressive qu'elle mettait en fuite ceux qui les avaient deman- 
dées. Nous avons vu fuir plus d'une vanité blessée, mise 
ainsi aux abois. 

Le crayon si correct et si sarcastique de Madou était, par- 
fois, d'une adorable naïveté. C'est ainsi qu'il se montre dans 
une sorte de mémorial de famille, un recueil de croquis où 
ses cinq enfants, à l'état de bébés jouiïlus et roses, sont repré- 
senlés dans toutes les attitudes imaginables. Il les dessinait 
tous, à deux époques fixes : à l'âge de six semaines et à celui 
de six mois. Cela ne suffisait cependant pas à sa gloutonnerie 
paternelle, car il les recopiait encore plus tôt et plus tard : 
à six jours, à trois mois, à sept ans et, tour à tour, couchés ou 
debout, éveillés ou endormis, alfublés comme des petits sol- 
dats, ou travestis conjme des vieillards, avec de gigantesques 
chapeaux, des jupes impossibles et d'incommensurables pan- 
talons. Le cœur de l'homme, l'amour du père, se dévoilent 
de la manière la [»lus touchante dans ce recueil d'images en- 
fantines (14). 

IX. 

Toutes les laculiés, tous les sentiments se maintenaient 
intacts chez Madou quand sa quatre-vingt-deuxième année 
allait sonner. Sa pensée restait aussi éveillée, son écriture 
aussi nette, son pinceau aussi actif qu'aux plus beaux jours 
de sa jeunesse. 11 semblait devoir vivre encore longtemps 

3 



( 51 ) 



quand h mort, celle lerrible et inévitable faucheuse, vint 
l'enlever subitement. Après une matinée de travail, il s'était 
rendu, d'un pas alerte, au palais des Académies pour y pré- 
sider, en présence de la famille royale, à l'ouverture du salon 
des Aquarellistes, quand, frappé tout à coup d'apoplexie, il 
tomba dans les bras d'un ami. Trois jours plus tard il expi- 
rait avec le calme du sommeil. 

Ses funérailles furent célébrées le G avril 1877, au milieu 
d'une foule émue et silencieuse, composée de personnes ap- 
partenant à toutes les classes de la société. Le représentant 
de l'Académie, le secrétaire des aquarellistes, le bourgmestre 
deSaint-Josse-ten-Noode, — MM. Alvin, Pinchart et Jottrand 
~ y rendirent un touchant hommage aux vertus de celui qui 
n'était plus. Le bourgmestre annonça que la place publique 
habitée par le défunt prendrait dorénavant le nom de Place 
Madou, honneur rendu, non-seulement à la supériorité de 
l'artiste, mais au caractère de l'homme, aux généreux senti- 
ments du patriote et du citoyen. 

Quelle place la postérité réservera-t-elle à un maître aussi 
indépendant, dépourvu d'élèves, de précurseurs directs, et 
dont l'isolement, au sein de l'école flamande, semble rehausser 
encore l'originalité? Les faits principaux de sa vie ont, 
d'avance, répondu à cette question. 

Madou mit un demi-siècle à conquéi'ir la réputation euro- 
péenne dont il jouissait. Il la créa, l'alTermit et l'éleva jusqu'à 
son apogée en employant, successivement, trois modes difle- 
rents d'exécution. Dessinateur, aquarelliste, peintre, il excella 
dans chacune de ces spécialités et sut mériter, dans toutes, 
la qualification d'artiste éminent. Comment la lui refuser en 
présence de tant d'œuvres ingénieuses et expressives, fruits 
d'une habileté consommée mise au service d'une intarissable 
imagination? 



( 55 ) 



On l'a juslenienl comparé aux grands végétaux, qui crois- 
sent lentement, parce qu'ils doivent, par leur force de résis- 
tance, braver la durée des siècles. Son talent a grandi de 
même, sans interruption, avec lenteur et une ampleur crois- 
sante. En parvenant à la vieillesse Madou était aussi parvenu 
au premier rang des peintres de genre, et sa célébrité, qui 
ne dut jamais rien aux caprices de la mode, n'a rien à re- 
douter des révisions de l'avenir. Les arrêts que l'opinion 
publique a, si souvent, prononcé en sa faveur, sont devenus 
irrévocables. 



( ôQ ) 



NOTES. 



(1) Discours prononcé, le 6 avril 1877, par M. Louis Alvin, en 
qualité de directeur de la classe des beaux-arts. Bulletins de V Aca- 
démie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Bel- 
gique, série, t. XLIII, 1877. 

(2) M. Jobard, ingénieur-géomètre né en France, à Baissy, vint 
s'établir en Belgique vers 182o; il y importa la lithographie, im- 
portation qui aurait pu suffire à faire sa fortune si les entraîne- 
ments de son imagination et son manque de persévérance ne l'eus- 
sent poussé à s'occuper, sans cesse, de tous les perfectionnements 
industriels, de toutes les découvertes scientifiques. Il s'attribuait, 
à tort ou à raison, un assez grand nombre de ces dernières; mais 
l'influence, bien moins problématique, qu'il exerça sur la destinée 
de Madou constitue un fait important, tout à son avantage, et que 
nous devions rappeler ici. 

Esprit original, ingénieux écrivain, causeur plein d'humour, 
M. Jobard a éparpillé, pendant toute sa vie, les ressources d'une 
intelligence pleine d'initiative et qui, dirigée vers un but unique, 
lui eût valu une position supérieure. 

(3) Les Vues gravées par Gibële sont au nombre de quatre : 
Place de la Monnaie. — Place Royale. — Entrée des Etats géné- 
raux. — Ancienne porte de Laeken, construite en forme d'arc de 
triomphe romain et désignée, autre fois, sous le nom de porte Guil- 
laume. Les gravures furent exécutées d'après deux dessins de 
Janssens et deux tableaux de J. B. De Noter. Entre les noms de 
ces artistes on lit, au bas des esfampes : Figures par Madou. 

Nous avons dit que ces figures, prises sur nature, étaient recon- 
naissables malgré leur petitesse. La ressemblance était telle qu'au 
premier coup d'œil elle provoquait, presque toujours, des exclama- 
tions : « Oh! oh! voilà David, le célèbre peintre. — « Tenez, 
regardez, voici le beau Marneffe, drapé dans son manteau. » Ainsi 



( 37 ) 



de beaucoup d'autres, grands et petits personnages, depuis la reine 
des Pays-Bas assise dans sa voiture et le prince d'Orange placé 
debout dans son balcon, jusqu'aux excentriques familles anglaises 
trottinant dans le Parc, et jusqu'aux marchands colporteurs posés 
à leur coin de rue habituel. 

Ces estampes obtinrent un grand succès ; on les voyait , il y a 
un demi-siècle, dans la plupart des habitations; mais aujourd'hui, 
elle sont devenues assez rares II y a peu de mois cependant que 
Madou les vit, à l'occasion d'une vente, étalées sur le trottoir et 
qu'il les fit acheter, heureux de pouvoir évoquer, à leur aspect, des 
souvenirs de jeunesse. 

(4) Le « Préambule » — disons la Préface — mise en tête de la 
Physionomie de la société, et rédigée par M. Collin de Plancy, 
annonçait, entre autres choses, que Madou « cultivant cette frater- 
» nilé des arts, ignorée des écrivains, et ne craignant pas de donner 
» à ses amis quelque part de sa gloire, s'était fait aider pour les 
» paysages de Kreins, arlisie dont le crayon peint la nature... » et 
que Lauters avait bien voulu reproduire sur pierre les quatorze 
encadrements composés par Philastrc. 

Chacun de ces encadrements porte une date et l'indication du 
sujet traité : L'arrivée. 1400. — Le manuscrit. 1460. — Les fau- 
conniers. 1500. — Le cortège. 1540. — Le récit. IStiO. — Le 
RONDEL. 1580. — La promenade. 1600. — Le sonnet. 1640. — Le 
Parc. 1660. — La lecture. 1700. — Le boudoir. 1760. — Le mé- 
daillon. 1780. — Le JOURNAL. 1790. — L'aquarelle. 1836. 

Ces titres spéciaux suffiraient, à eux seuls, pour faire entrevoir la 
variété des scènes représentées et le caractère pittoresque de l'en- 
semble. Le livre obtint de grands éloges , particulièrement en 
France; voici comment un excellent critique d'art, M. Schœlcher, 
actuellement sénateur, l'annonçait dans la Revue de Paris : <i Un 
» artiste vraiment supérieur, et dont le nom résonnera bientôt, 
» c'est Madou. Nous avons vu deux dessins de lui dans le célèbre 
» album du docteur Roger, d'une beauté si complète que nous les 
» regardons comme deux chefs-d'œuvre. Il publie en ce moment la 



( 58 ) 



» Physionomie de la société. H cherche les costumes, les caractères, 
» les mœurs des diverses époques, travail ingénieux et spirituel où 
» il ne se dément pas. » L'opinion des plus compétents se manifes- 
tait; trois ans plus tard, avant que Madou eût exposé un seul 
tableau à l'huile, celte opinion avait prononcé son verdict d'une 
manière plus élogieuse encore : il fallut décorer l'artiste (1839). 

Madou consacra plusieurs années à réunir un nombre considérable 
de gravures, de costumes, de croquis d'après de vieux tableaux, 
de reproductions d'armes et d'ameublements, le tout enrichi et 
classé par lui chronologiquement; c'est ainsi qu'il se prépara, avec 
une conscience et une ténacité admirables, à mettre au jour un 
chef-d'œuvre. A peu près quatre mille documents graphiques rem- 
plissaient le recueil formé par ses soins. 

(5) Après avoir publié deux ouvrages très- importants, Madou en 
acheva bientôt un troisième; également édité par la Société des 
Beaux-Arts , que dirigeait, alors, un homme plein d'initiative, de 
jugement et de compétence en matière d'art. M, Dewasme Plé- 
tinckx : les Scènes de la vie des peintres flamands et hollandais, qui 
comprennent vingt planches, accompagnées de notices biogra- 
phiques 

Les peintres mis en scène et les rédacteurs de leurs biographies 
sont les suivants : Van Eyck par M. Van Hasselt ; Memling par 
M. De Decker; Quentin Metsys par M. de S'-Genois; Van Orley 
par M. Polain ; Mabuse par M. Du Mortier ; Rubens par M. Alvin ; 
Van Dyck par M. Dechamps ; Ph. de Champagne par M. Quetelet; 
Rembrandt par M. Baron; Brouwer par M. de Reiffenberg; Ter- 
burg par M. Mathieu ; Van Ostade par M. Delpierre; Teniers par 
M. Cornelissen ; Berghem parM.Voisin; Paul Potter par M Bussch- 
man ; Gérard Dov par M. Juste ; Backhuyzen par M. Moke ; Vander 
Meulen par M. de Stassart ; Jean Steen par M. Lesbroussart. 

(6) Voici ce que nous apprend sur l'auteur du Voyage à Surinam, 
la Biographie nationale, publiée par une commission académique 
(tome II, 1868,) article de M. Siret : 

« Il fut d'abord destinéà la profession d'orfèvre; son goût l'en- 



( 59 ) 



fraîna vers le dessin et l'aclivité de son esprit, son désir, son be- 
soin de savoir, lui firent accomplir, très-jeune encore, des voyages 
qui remplissent parfois la vie entière d'un homme : c'est ainsi qu'à 
vingt ans il avait déjà parcouru le nord de l'Italie, la Suisse, l'Au- 
triche, lu Bavière et la Prusse. 

... » Ce fut d'abord dans l'ile d'Hcligoland qu'il s'établit et qu'il 
se livra à un commerce dont les dangers compensaient à peine les 
bénéfices, et qui était dû au blocus continental décrété par Napo- 
léon. Plus tard il se distingua à Paris, comme restaurateur de 
tableaux; ce n'était pas là, du reste, son premier métier, il avait 
déjà été agent d'affaires, capitaine de vaisseau marchand, etc. 
Lié avec beaucoup de célébrités de son époque, il avait parcouru 
toutes les grandes villes de l'Europe dans des conditions de fortune 
des plus dissemblables; tantôt menant la vie d'un vrai bohème et 
réduit pour vivre à peindre des tableaux de pacotille, même des 
enseignes ; d'autres fois, au contraire, menant une existence pleine 
de faste et de luxe, recherché dans les salons, et méritant la quali- 
fication, alors élogieuse, d'mcroyaWe. 

» Parvenu à la maturité de l'âge, Benoît passa la mer, visita les 
possessions hollandaises des Indes, et rapporta de Surinam une 
riche collection de dessins et de vues de ces contrées lointaines. Les 
dessins de cet intéressant ouvrage ont été mis sur pierre par 
MM. Madou et Lauters, et le texte en a été revu par un littéra- 
teur distingué. » 

Nous avons cru devoir écourter une citation qu'il nous eût été 
facile d'étendre; les nombreux dessins que Pierre Benoît nous a 
légués, et les relations que nous eûmes avec lui , nous auraient, 
sans doute , entraîné à le faire si les rapports entre Madou et notre 
voyageur (décédé en 1854) n'eussent été si fortuits et de si courte 
durée. 

(7) Le tableau intitulé : V Arquebusier , qui fut donné en prix 
au vainqueur du tir national, a été très-habilement gravé par 
J.-B, Meunier. C'est le même artiste qui exécuta, aussi, d'après 
Madou, la belle planche de La chasse au rat. 



( 40 ) 



Les composilions du maître ont clé l'objet de beaucoup d'autres 
reproductions faites au moyen de divers procédés. 

L'excellent et célèbre graveur Calamatta a buriné la gravure 
intitulée: Oh! montrant des paysans stupéfiés au passage de la 
première locomotive. 

Billoin a publié une collection d'eaux- fortes; Simoneau plusieurs 
chromolithographies très-remarquables; Ghémar lithographia le 
premier tableau exposé, et désigné sous le nom du Croquis. Enfin 
l'habile graveur sur bois Brown a exécuté, avec un talent supérieur, 
un grand nombre de vignettes, notamment celles de la Vie des 
peintres. 

Il est à remarquer que, sauf Meunier, il n'est aucun des artistes 
que nous venons de citer qui n'ait précédé Madou dans l'autre 
monde. 

(8) Mii«E. Beernaert, artiste peintre, dont les beaux paysages ont 
obtenu un grand succès à Y Exposition universelle de Paris, a bien 
voulu nous autoriser à prendre copie de la leltre suivante, qui lui 
fut adressée par Madou, à l'occasion d'une soirée de musique, orga- 
nisée chez lui et pour laquelle il avait préparé, — comme témoi- 
gnage de gratitude, — une tombola de ses dessins. La lettre est 
datée du 4 février 1872; Madou avait alors plus de soixante-seize 
ans et il était prédestiné à conserver jusqu'à son dernier jour l'en- 
jouement, les goûts de mélomane, et la vivacité d'esprit qu'il 
manifeste dans celle lettre : 

« Charmante virtuose, 

» J'accepte le programme proposé par vous, mon contralto. 

» Toutefois, je dois exprimer le désir que mes aimables fauvettes 
» ne s'écartent pas trop de la liste que je leur ai soumise (sans là 
» leur imposer) en cherchant, scrupuleusement, à chanter des mor- 
» ceaux allant à leur voix, bien que je comprenne parfaitement 
» celle précaution. Je confesse mon égoïsrae à ce sujet et sans 
» poser un ultimatum , je dirai : Vous chantez pour moi, mes belles 
)> ne l'oubliez pas ! 



( 41 ) 



» Regardez ceci comme une plaisanterie... 

» Je connais voire andanle de Mehul, un de mes compositeurs 
» chéris; il est beau, grave ; il est à votre voix, très-bas; je vous 
» engage à chanter ce morceau avec le mélodrame qui le précède. 

» Nina est pour moi la plus ravissante des romances; c'est un 
» modèle, c'est tout cœur! 

» Je voudrais que les morceaux chantés, dans notre petite soirée 
» intime, fussent très-variés, depuis le genre léger jusqu'au grave... 
» Couplets, romances, airs gracieux ou sérieux, passionnés, duos 
» même, et trios, si c'est possible. 

» A propos de duos, je voudrais vous en faire chanter un d'un 
» opéra de Berton, qui vous plaira II est pour soprano et baryton ; 
)) cette seconde partie peut très-bien êlré chantée par un con- 
» tralto. 

» Chantez-vous facilement la clef de fa? .. Quelle demande? 
» Il serait, du reste, facile de traduire celle partie en clef de 
» sol. 

» Je vous présente mes hommages... soyez bien sage et étudiez 
» bien vos morceaux ; j'ai toujours été content de vous. Encore un 
» j'ai! Vous remarquerez qu'il est beaucoup question de moi dans 
» ma missive. Bon Dieu ! que vous allez rire de ce billet. 

» Madou, 

» Directeur de la troupe féminine, 
» chantante en tout genre. » 

4 février 1872. 

(9) Dans le consciencieux et excellent travail intitulé : Essai 
sur la vie et les ouvrages de L.-A.-J. Quetelet, essai dû à M. Édouard 
Mailly, celui-ci a montré le célèbre directeur de l'Observatoire en- 
touré de sa famille, de ses amis, et se livrant avec eux à la cau- 
serie, à l'audition de la musique, ou jouant très-gaiement au jeu 
des charades en action. « Ce jeu, nous dit- il, prit surtout faveur, 
lorsque Calamatta se fut fixé à Bruxelles, où il dirigeait l'École de 
gravure; Calamatta et Quetelet y étaient de première force. » 



( 42 ) 



A propos de Madou ~ oublié ici — j'ai essayé de peindre, à 
mon tour, le salon de l'Observatoire el de me rappeler les noms des 
hommes les plus distingués qui y furent reçus. Celte nomenclature 
incomplète diffère de celle indiquée par M. Mailly : en la faisant 
nous étions, tous les deux, sous l'influence de souvenirs, de sym- 
pathies et de préoccupations très-dissemblables. 

(10) Sauf les deux cent quatre-vingt-treize dessins vendus publi- 
quement en 1878, plusieurs centaines d'aquarelles sont réunies dans 
les belles collections de M'^e Madou, M. Paul Clays, M. Henri 
Delmolte et M. le comte Duval de Beaulieu. 

(l!) Indépendamment des grands panneaux décorant la salle à 
manger de Madou, il y avait, à peindre, deux petits panneaux 
oblongs et deux dessus de porte. Un des maîtres de noire école, 
M. Charles Tschaggeny, représenta sur ces derniers : Le bœuf et la 
grenouille, — Les grenouilles et le soliveau, — tandis que Lauters, 
toujours prompt à la besogne, remplissait les panneaux oblongs, 
d'une part, par la fable du Coq et la Perle, d'autre part, par 
celle du Renard et le Corbeau, sujets toujours pleins d'actualité 
dans un logis où les solliciteurs n'étaient pas rares et où les perles 
abondaient. 

Il est un troisième travail de peinture décorative, exécuté en 
1875, à la demande de M. Balat , architecte du Roi, et destiné 
au château r3yal de Ciergnon. Le peintre, aidé pour les paysages 
par son ami Lauters, y a représenté en divers tableaux : le rôle — 
l'importance — et le caractère d'un vieux bailli. 

Il faut espérer que l'architecte qui a fait la commande de cet inté- 
ressant travail — l'un des derniers de Madou — sera autorisé à le 
déplacer et à lui donner une meilleure installation que celle qu'il 
occupe dans un château inhabité. 

(12) Voici la liste complète des médaillons placés dans l'atelier de 
Madou et qui lui furent offerts lorsqu'il changea de domicile ; nous 
citons les noms des artistes par ordre alphabétique : 

Beaume, Blés, Clays, Francia, Hamman, Kreins, Lapito, Lau- 
ters, Le Poitevin, Leys, Navez, Pelletier, Tavernier, Schelfhout, 



( 43 ) 



Charles Tschaggeny, Edmond Tschaggeny, Verver, Vieillevoye, 
Vordeker. Un vingtième médaillon fut rempli par Madou lui-même; 
il y peignit l'esquisse d'un de ses plus jolis tableaux : V Audience 
depolice, appartenant à M. Emile Pressant de Liège. 

(IS'i Voici la liste des fonctions, distinctions et décorations accor- 
dées à Madou par divers gouvernements, et par des sociétés sa- 
vantes et artistiques; nous l'empruntons au Catalogue de ses 
œuvres, vendues après décès, et nous avons, par conséquent, lieu 
de croire que l'énuméralion en est complète. 

Membre de l'Académie royale de Belgique; ancien Professeur à 
l'École militaire; ancien Professeur de dessin du Roi et du Comte 
de Flandre; Président de la Société royale des Aquarellistes; 
Membre des Académies des Beaux-Arts d'Anvers, d'Amsterdam ; 
ancien Vice-Président du ' Cercle Artistique et Littéraire de 
Bruxelles; Membre de la Société des Peintres à l'aquarelle de Lon- 
dres; Membre de la Commission directrice du Musée royal de 
peinture et de sculpture de l'État. 

Commandeur de l'ordre de Lcopold ; Commandeur de l'ordre de 
François-Joseph d'Autriche; Chevalier de la Légion d'honneur; 
Chevalier de l'ordre du Lion Néerlandais. 

(14) Entre autres peintures fantaisistes dues au pinceau de notre 
maître, il faut citer trois éventails, productions charmantes et trop 
bien appréciées pour qu'on voulût en user les lamelles par l'agita- 
tion des mains : ils ont été conservés intacts. Le premier fut 
peint à la sollicitation de M. Dero-Becker; le second destiné à 
M'ne Quetelet, le troisième appartient à l'une des filles de Madou, 
Mme Charles Delstanche. 



( 44 ) 



LISTE 

DES 

PRINCIPAUX TABLEAUX DE L'ARTISTE. 



L'ami de la cuisinière, dSoO. (l" essai.) 
Le Croquis, l^r tableau. 1842. 

La femme impérieuse, scène de cabaret. 4844. (Chez M. A. Coster, 
à Bruxelles.) 

Jean Steen et ses amis. 1844. (Collection particulière, à Londres.) 
Le Marchand de bijoux. 1845. [Ibid.) 
Le Ménétrier et sa fille adoptive. 1845. 

Vieillard racontant une histoire du pays. 1845. (Collection particu- 
lière, à Liège.) 

Le mauvais ménage au corps de garde. 1846. (Collection particu- 
lière, à Anvers.) 

Oh! (Passage de la première locomotive). Tableau peint pour la 
fête du Cercle artistique en 1848. Gravé par Calamatta. 

La Jalousie. 1847. (Collection particulière, à Bruxelles.) 

Van Dyck à Saventhem. 1847. (Chez M. Warocqué, à Mariemont.) 

Scène de corps de garde. 1848. (Collection particulière, à Bruxelles.) 

Une audience de police d'autrefois. 1830. (Collection particulière, 
à Liège.) 

La fête au château. 1831. (Collection particulière, à Berlin et répé- 
tition du même tableau, dans une dimension différente, au Musée 
de Bruxelles.) 

Ostade au cabaret. 1853. (Collection particulière, à Londres.) 
Les trouble-fête. (Musée royal de Bruxelles.) 1854. 
Esquisse achevée du même sujet , vendue en 1878. 
Chasse au rat. 1857. (Appartient à S. M. Léopold II, roi des Belges.) 
Gravé par Meunier. 



( 45 ) 



Coup de l'étner 1888. (Chez M. Brugmann, à Bruxelles.) 
Le même sujet, vendu en 4878. 

Trois grandes toiles avec fonds peints par Kreins, formant 
décoration d'une salle à manger, chez M. le baron Van de 
Woeslyne, à Bruxelles. 18o8. 

Le seigneur du village, fête villageoise. i8o9. (Chez M. Perrot, à 
Bruxelles.) 

L'arquebusier. Gravé par Meunier. 

Passe-temps de l'artiste, ou l'auberge. 1861. (Chez M. Pauwels, à 
Bruxelles.) 

Le menuisier entre deux scies (cabinet de M. Hollanders à Louvain.) 

La Galanterie. 1862. (Musée de l'Académie d'Anvers.) 

La bonne aventure. 4882. (Chez M. Maskcns, à Bruxelles.) 

Les mauvais joueurs. 486;». (Chez M. Prévinaire, à Bruxelles.) 

Le Bandit (arrestation). 4863. (Chez iM. Mathieu, à Bruxelles.) 

Les six grantles toiles, représentant des fables de la Fontaine, 
qui suivent , forment la décoration de la salle à manger de 
M. Madou (les fonds ont été peints par Clays, Lauters et Tschag- 
gcny. 4863.) L'ours et le chasseur; L'œuf pondu; L'Huître et les 
Plaideurs; Le Meunier, son Fils et l'Ane; Le Benard et le Cor- 
beau; Le Coq et la Perle. 

La Réussite. 4865. (Au Musée de l'État.) 

Arrestation d'un soldat récalcitrant. Scène de château-fort. 486o. 
Bruxelles. 

Un mauvais lieu. Scène de batailleurs. 4866. (Chez M. Parmentier, 

à Bruxelles.) 
La Cruche cassée. 4869. Bruxelles. 
Reproches d'une femme à son mari. 4869. 
Scène de cabaret. 4869 Bruxelles. 
Les Railleurs. 4871. New-York. 

Scène de politiques. 4872 (Chez M. Springer, à Vienne; les person- 
nages mis en scène sont des portraits représentant la famille 
viennoivse.) 

L'arrivée du Boute-en-train, 4872 Bruxelles* 



( 46 ) 



Six grandes toiles décoratives destinées au château royal de Cier- 
gnon, avec Lauters pour les paysages, et ayant pour sujets : les 
Remontrances du bailli, — le Compliment du bailli, — les Pre- 
mières cerises, — le Vieux chasseur, etc. 

La présentation des fiancées au seigneur. 

Les politiques d'estaminet. (Ces deux tableaux figurèrent à l'Expo- 
sition générale de Bruxelles. 1878.) 
Soutien mutuel 
Peinture démodée. 
Sortie d'une séance électorale. 
L'Aristocrate- 
Une Expulsion. 

Le Ménétrier au corps de garde. (Les six tableaux précédents ont 

été exposés à Paris, à l'Exposition universelle.) 
Le lecteur assoupi. 187o. 
Exhortations d'un ami. 1873. 
Le Fumeur. 

Musiciens ambulants, musique discordante. 4873. 

L'ivrogne et le moraliste au cabaret. 1873, 

L'ivrogne rentrant au logis. 1876. 

Le tabac du garde champêtre. 4876. 

Le lecteur myope. 4876. 

Le lecteur en méditation. 4876. 

Honteux et confus. 4876. 

Les bijoux d'un vieux beau, dernière production du maître; il n'a 
pas eu le temps de la signer. 4877. 

(Ces derniers tableaux ont été vendus posthumes, au mois de dé- 
cembre 4878). 

AQUARELLES EXPOSÉES A LA SOCIÉTÉ DES AQUARELLISTES. 

4837. L'arrestation. 

Intérieur d'hôtellerie. 
Le secret du buveur. 



( 47 ) 



18o7. Kermesse flamande. 

L'ancien soldat. 

L'ami du campagnard. 
dSoS. Jean Steen au cabaret. 

Une mère de famille. 

Les joueurs de cartes. 
18o9. La petite bohémienne. 

L'ours et les compagnons. 
d861. Bouderie. 

4862. (Le président de la Société s'abstient d'exposer pendant trois 
ans). 

4860. Les politiques. 

Querelle de ménage. 
La malicieuse. 

Bonne vieille. (L'envoi de Madou est accompagné de l'indi- 
cation que les quatre aquarelles précédentes appartiennent 
à Mme Madou.) 
4866 Tentative de réconciliation. 

4867. La tentation. 

Une mauvaise langue. 

4868. Soyez-en convaincu, papa. 

4870. Politique bourgeoise : « vous êtes d'une exaltation! » 
487;-}. Peinture démodée! 

4874. Une bouderie. 

4875. Le railleur. 

4876. Les concurrents. 
Honteux et confus. 

Une ancienne inclination, 

4877. Sors d'ici, fainéant! 
Monstre! tu me trahis. 

Mi'e Derivis dans le rôle de Carmen. 



( 48 ) 



CATALOGUE DES AQUARELLES 

vendues, posthume, sous la direction de M. Henri Le Roy, 
expert, au mois de décembre 1878. 

Indépendamment des aquarelles dont la mention suit, le cata- 
logue comprenait des tableaux, des esquisses, de grands dessins 
au crayon noir, de petits dessins à la mine de plomb, ensemble 
348 objets d'art. 

On sait que la valeur vénale d'une œuvre d'art ne donne pas la 
mesure de son mérite; c'est la mode qui élève ou abaisse les prix, 
car ils sont, parfois au bout d'un quart de siècle, décuplés ou 
abaissés dans la même proportion. Leur invariabilité élevée, pen- 
dant un long espace de temps, constitue cependant un véritable 
indice de supériorité et c'est en nous plaçant à ce point de vue 
que nous croyons devoir inscrire ici un chiffre et mentionner le 
résultat financier de la vente : elle a produit à peu près deux cents 
mille francs. 

La jatte de bouillon. Une soubrette apporte une jatte de bouillon 
au vieillard assis devant la table, sur laquelle le couvert est 
dressé. Il hume, avec un visible plaisir, le parfum du consonmié. 
4877. 

Les commères. Près du puits se groupent les villageoises ; l'une, 
les bras croisés, écoute; l'autre raconte la nouvelle du jour ; une 
troisième, déjà au courant de l'événement, se baisse pour prendre 
son seau. 1877, 

Chasseur au repos. Le fusil posé à terre et la pipe à la main, un 
jeune homme, portant une élégante veste de chasse, est- assis sur 
un tertre et prête une oreille attentive aux indications données 
par la paysanne arrêtée devant lui. 1877. 

Le mari sou)nis. Un ivrogne chante en suivant sa femme, qui le 
fait sortir d'une cave, où sont accumulés des tonneaux et un pot, 
instruments du délit. 1877. 



( 49 ) 



Authentique. Un amateur, installé dans un fauteuil, examine le ta- 
bleau qu'il tient sur ses genoux et le regarde avec un sourire 
d'incrédulité, tandis que le marchand lui en garantit loriginalité. 
La lille de l'amateur, debout près de lui et vêtue d'un frais cos- 
tume du temps de l'Empire, lient un éventail. 1876. 

Propos malséants. Un vieux galantin s'est cavalièrement installé 
sur une chaise ; l'une de ses mains posée sur sa canne et l'autre 
passée dans l'emmanchure de son gilet, il fait à une jeune fille 
une proposition mal accueillie dont il est aisé de deviner la na - 
ture. 1876. 

L'effroi. Un jeune garçon et une jeune fille s'arrêtent, effrayés, à 
la vue d'un sanglier débouchant du bois voisin ; le jeune homme 
engage, du geste, sa compagne à rester immobile. 4876. 

Chasseur en nage, il s'essuie le front et respire avec force. Près 
de lui deux fumeurs qui lui font bon accueil ; l'un d'eux lui 
donne une légère tape sur son ventre rebondi. 4876. 

Un dimanche. Des nouveaux mariés cheminant, bras dessus, bras 
dessous, dans une rue du village, font la rencontre du bailli; 
celui-ci débite à la jeune épouse un compliment qui lui fait bais- 
ser les yeux, tandis que le mari l'écoute respectueusement. 
4876. 

L'épouse trahie. Elle menace du doigt son mari dont elle vient de 
surprendre la correspondance amoureuse; le séducteur suranné 
et interdit ne trouve rien à répondre aux menaces de sa moitié. 
4876. 

La réconciliation. Un jeune paysan refuse de tourner les yeux vers 
son amoureuse ; mais elle l'agace et veut lui prendre la main. La 
tentative de la belle fille sera couronnée de succès , car son amant 
la regarde déjà à la dérobée. 4876. 

Inclination naissante. Le vieux tronc d'arbre renversé sert de siégo 
à deux amoureux et une charmante fille regarde, timidement, son 
voisin, jeune campagnard dont l'embarras est visible. Au fond se 
dressent de grands arbres. 4876. 

Le plus savant des trois. Un vieux cordonnier, se transformant en 

4 



( 50 ) 



oracle, lit un gros livre ouvert devant lui, à une servante et à 
un paysan. 4876. 

Les conseils d'un jeune homme. Il s'est assis près d'une jeune 
personne et désigne du doigt le passage d'un livre; la fillette, le 
tricot à la main, pose une des aiguilles sur ses lèvres et hésite à 
répondre. 1876. 

Expulsion. A la grande joie d'un groupe de buveurs réunis au ca- 
baret, une femme vient d'appréhender au corps son mari; elle 
lui saisit le bras, elle l'entraîne, mais trop tard, hélas ! il est dans 
un état d'ébriété complète. 4876. 
Le goguenard. « Ce n'est pas ainsi, dit-il, que nous faisions la cour 
dans notre temps! » Puis le joyeux sexagénaire montre du doigt 
l'amoureux transi , assis au second plan près d'une jeune fille 
cent fois plus éveillée que lui. 4875. 
Les avances inutiles. Un villageois écoute avec malice la jolie fille 
assise derrière lui et dont les paroles le laissent fort indiff'érent; 
il sait ce qui lui vaut ses préférences ; une inscription de l'artiste 
nous l'indique aussi. «Ses prés sont les plus beaux, ses bestiaux 
de la meilleure espèce, ses pommes de terre toujours d'une 
bonne venue. Aussi que d' agaceries , que de cajoleries! mais 
7ienni, j'n veux n'y épousai. » 4875. 
Joli sujet de conversation. Elle s'est engagée entre une belle fille 
qui, après avoir déposé un pot de bière sur la table, s'est assise 
à l'un des bouts et s'y oublie en écoutant les paroles mielleuses 
d'un galant. 4875. 
Philosophie. Vn vieux fumeur, bonhomme vêtu d'une longue redin- 
gote verte et chaussé de grandes bottes, regarde devant lui en 
souriant malicieusement. 4875. 
Les concurrents. Un galant, en costume d'incroyable et tenant son 
claque , fait une déclaration à une belle personne vêtue de rose 
tandis qu'au second plan l'amoureux de celle-ci écoute et semble 
dépité des attentions accordées à son rival. 4875. 
La maussade. Une grosse paysanne regarde obstinément le foyer 
devant lequel elle est assise, pendant que son amoureux, placé 
derrière elle, lui frappe, amicalement, sur le dos. 4875, 



f 51 ) 



Pauvre amoureux. Timide, penaud, et tournant son chapeau entre 
ses mains, il est assis près d'une jeune fille qui le regarde mali- 
cieusement. Un gai compagnon, debout au premier plan, raille le 
jeune homme. 1875. 

Les justes reproches. Un ivrogne cherche à amadouer sa femme qui 
est venue le relancer au cabaret. Au fond, des joueurs de cartes. 
1873. 

Bouderie. Un jeune homme, assis les jambes croisées, tourne le 
dos à sa maîtresse; celle-ci, les deux coudes sur les genoux 
boude de son côté. 1875. 

Grivoiserie. Le chapeau claque posé sur l'oreille, un vieil effronté 
rit à gorge déployée de la plaisanterie qu'il vient de lâcher, et qui 
indigne sa voisine, charmante jeune tille qui se bouche les 
oreilles. 1875. 

Les bijoux d'un vieux beau. Idée première du tableau peint à 
l'huile. 1875. 

Honteux et confus. Idée première du tableau. 1875. 

Exhortations d'un ami. Idée première du tableau, 1875. 

Le boute- en-train. Il entre au cabaret du village où son arrivée 

est saluée par de bruyantes acclamations. 1874. 
Les premières cerises. Le bailli du village, assis dans la cour d'une 

habitation rustique, a devant lui une gracieuse villageoise qui lui 

oflFre des cerises dans un panier ; il en prend deux en souriant, 

1874. 

Un malentendu. A la nouvelle inattendue que lui annonce sa maî- 
tresse, un jeune homme manifeste sa mauvaise humeur. 1874. 

Boutade. Deux amoureux se sont tourné le dos; ils se réconcilie- 
ront bientôt : déjà le jeune homme jette un regard vers sa maî- 
tresse. 1874. 

Tendre dialogue. Dans une cour, près d'un hangar, un garde 
champêtre entame une tendre causerie avec une charmante fille , 
qui tient un tricot à la main 1874. 

L'indiscret. Une jolie fille sourit, sans vouloir répondre, au jeune 
homme assis devant elle et qui lui adresse des questions indis- 
crètes. 187o. 



( 52 ) 



Conversation. Après avoir posé sur la table une cruche et un verre, 

la fille d'auberge cause avec un jeune élégant. 1873. 
Questions indiscrètes. Un vieux bavard adresse vingt questions à 

la jeune servante, qui écoute sans répondre. 1872. 
Pas de force! Soutenu par le garde champêtre, le bourgmestre du 

village sort affaissé du cabaret, tandis que son compagnon rit de 

sa défaite. 1857. 

Lecture du contrat. Les fiancés, debout au milieu d'une salle, as- 
sistent, entourés de leurs parents, à la lecture du contrat de 
mariage faite par le vieux notaire. 18oS. 

Conditions de vente. Un notaire, avant la vente, fait gravement la 
lecture des conditions à des campagnards. 18oo. 

Dec/ara^/on. Un seigneur du temps de Louis XIV tient de galants 
propos à une ouvrière. 1849. 



(55 ) 



TABLE. 



Page. 

1 — Citation du discours prononcé par M, L. Alvin. . . 5 
lï. — Jeunesse, éducation, premiers travaux 6 

III. — Étoffage des Vues de Bruxelles. — Dessins relatifs 

à la révolution de 4830. — Physionomie de la 

SOCIÉTÉ.— Scènes DE LA VIE DES PEINTRES . . 9 

IV. — Voyage a Surinam par Pierre Benoît. — Fécondité 

artistique de Madou. — Ses habitudes et ses goûts. 

— Le peintre anglais Wilkie 13 

V. — Mariage de l'artiste. — Influence exercée sur son 

talent par ses relations de famille. — Le salon de 
l'Observatoire. — Fondation de la Société belge 

des aquarellistes 47 

Vf. — Esthétique de Madou. — Variabilité de ses compo- 
sitions. — Contrastes entre l'homme et l'artiste. 20 

VII. — Madou devenu peintre à l'huile. — Commande d'un 

tableau d'histoire. — Quelques-uns de ses princi- 
paux tableaux de genre. — Peintures décoratives. 

— L'atelier du maître 24 

VIII. — Ses derniers tableaux. — Le peintre dans son inté- 

rieur. — Mémorial de famille 29 

IX. — Décès. — Funérailles, — Derniers honneurs . . . 33 
NOTES : (4) Indication du Bulletin contenant le discours pro- 
noncé aux funérailles. — (2) M. Jobard, importateur de la 
lithographie en Belgique. — (3) Les auteurs des Vues de 
Bruxelles.— (4) Table de la physionomie de la société; do- 
cuments recueillis pour publier cet ouvrage.— (5) Scènes 
de la vie des peintres, table des sujets et auteurs.— 



( 34 ) 



(6) L'auteur du voyage à Surinam, d'après la Biographie 
nationale. — (7) Reproductions des œuvres de Madou. — 
(8) Lettre adressée par Madou à M"e E. Beernaert, artiste 
peintre et musicienne. — (9; Essai sur la vie d'Ad. Quetelet, 
par M. Mailly; citation. — (10) Principales collections 
d'aquarelles. — (H) Peintures décoratives dans la maison 
de Madou et au château royal de Ciergnon. — (12) Liste 
des peintures décorant l'atelier de Madou. — (18) Fonc- 
tions et distinctions obtenues par le maître. — (14) Trois 
éventails 

liste des principaux tableaux 

Liste des aquarelles exposées a la Société des aqua- 
rellistes. . 

Liste des aquarelles vendues posthumes; produit de la 
vente 



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